Maisons en terre crue du Marais d'Ouzilly-Vignolles 86

Les Marais de la "Dive de MONCONTOUR 86"

Une ancienne zone humide entre HAUT-POITOU et ANJOU.

   Ces marais, autrefois inondés la moitié de l’année se sont formés sur une ancienne plaine alluviale irriguée par la rivière Dive. Ils sont longés, côté Ouest, par un ruisseau appelé Sauzeau ou Dive du Nord, et striés de nombreux bras et fossés qui se coupent à angle droit. La Dive du Nord partage le terrain en deux parties distinctes :
– sur la rive droite de la rivière, limitée à l’Est par le canal Saint Martin, une zone argilo-calcaire sur laquelle se sont établis les deux villages.
– sur la rive gauche, en partie sur la commune de Brie, (Deux-Sèvres) une tourbière.

Géologie des marais de Moncontour

Légende de la nature des sols :
 Colluvions issues des formations sableuses du Cénomanien et des marnes [1] oxfordiennes, sur substrat de calcaires et marnes de l’Oxfordien moyen.
  Oxfordien moyen : Calcaire argileux en petits bancs alternant avec des marnes grises compactes, marnes beiges à Spongiaires.
Marnes à Spongiaires (éponges) (Oxfordien).
 Tourbe [2] d’hypnacées (mousses) et de carex (souvent appelés rouches) (Quaternaire).
 Alluvions anciennes (Quaternaire).
 Alluvions récentes : sables, limons argileux, argile.
    [1]  Marne : roche sédimentaire, mélange de calcaire (CaCO3) et d’argile.
   [2]  Tourbe : accumulation sur de longues périodes de matière organique morte, essentiellement des végétaux, dans un milieu saturé en eau.

Les Anciens marais,
une zone infranchissable

   Autrefois le marais occupait plusieurs centaines d’hectares. Inondé la moitié de l’année et considéré comme fort insalubre, il a sans doute permis à ces habitants de rester à l’écart des très nombreuses batailles (*) dont Moncontour à été le théâtre. En effet le terrain était tel qu’on pense qu’il était infranchissable par les armées.
   Une population manifestement d’une grande pauvreté a vécu là, sur les seules ressources du marais.ont

(*) Batailles à Moncontour-de-Poitou :
769 : Charlemagne reprend à Moncontour l’Aquitaine Orientale à son frère Carloman.
1034 : victoire de Geoffroy II d’Anjou sur Guillaume VI de Poitiers, Duc d’Aquitaine.
1370 : les Poitevins dépendant des Anglais prennent Moncontour qui avait avait été fortifié par les comtes d’Anjou. Cette place forte est reprise par Du Guesclin en 1372.
Mais la bataille la plus meurtrière fut celle de 1569. Les catholiques conduits par le Duc d’Anjou (futur Henri III) tiennent en échec les protestants de l’Amiral Coligny. Le nom de “Vallée Rouget” est donné au lieu de cette bataille en souvenir des 17 000 morts évoqués par certains historiens.

Un lieu inhospitalier ...
aux nombreuses ressources

    Malgré l’ingratitude des lieux, la population qui s’est établie ici a pu, dans les périodes troublées, vivre totalement en autarcie en tirant partie des nombreuses ressources du marais.
   La pêche, (le marais avait la réputation d’être riche en brochets, anguilles et écrevisses), la chasse, la cueillette, puis plus proche de nous, la culture du chanvre, l’élevage de sangsues, l’exploitation de la tourbe, le commerce de denrées via le canal Saint Martin.
   Même les maisons ont été construites avec les seules ressources du marais. Murs en terre, poutres non équarries (aulnes, frênes, saules ou ormes), toitures en chaume. (Roseaux de la famille des phragmites) La vannerie devait être également très présente, Ouzilly signifie osier.

d'un marais a ...
une terre cultivée

    C’est au 4ème siècle que l’implantation monastique d’Ension, une des premières d’occident, s’installe près de l’actuelle abbatiale de Saint Jouin de Marnes. Les moines entament les premiers projets d’aménagement permettant d’exploiter les ressources du milieu. Autour de l’an 1000 sont creusés des chenaux pour alimenter des moulins ainsi que de multiples fossés permettant d’irriguer les chènevières et d’assainir les terres basses.
   Vers 1658, un dessèchement partiel est opéré à l’initiative du Duc de Roannais. Après la révolution, l’état attribue une partie du marais aux  habitants de la commune (Marais Commun). Chaque parcelle, d’un ou deux mètres seulement de large sur une cinquantaine de mètres de long, est plantée de chanvre. Les canaux et fossés sont utilisés pour le rouissage de la plante.
   Dès le début du XIX° siècle, sur la commune de Brie, parallèlement à l’apparition du peuplier d’Italie, une nouvelle ressource du marais tourbeux est mise en valeur, l’élevage de sangsues.
   Une autre ressource fut exploitée commercialement dans ce début de XX° siècle et jusqu’aux années cinquante, la tourbe.
   Le grand remembrement des années 1960-70 sonne la disparition d’une grande partie de cette magnifique zone humide. La plaine argilo-calcaire est, après drainage, livrée aux cultures de maïs et autres céréales. Le petit marais tourbeux encore irrigué est aujourd’hui occupé en partie par la culture du peuplier

Le Canal Saint Martin ...
Ce qu'il en reste

   Marquant la frontière Est du marais, le canal Saint Martin était destiné à l’origine au transport de céréales produites sur les riches terres du Loudunais et du Mirebalais en direction de l’Anjou et de la Loire.  Les travaux, à l’initiative d’Augustin de la Faye, qui créa La Compagnie du Canal de la Dive, débutèrent en 1777 et, retardés par la période révolutionnaire, ne furent achevés qu’en 1834. Le canal ne fut jamais vraiment rentable, concurrencé par l’arrivée du chemin de fer dès 1870.
  Sur la commune d’Ouzilly-Vignolles, le canal voit son étiage baisser d’année en année, suite à la diminution des précipitations et aux usages agricoles intensifs.